|
Malgré cette nature si apaisante, la dimension
spirituelle du chemin de Compostelle m’a un peu manqué. Que leur
démarche soit religieuse ou non, les personnes qui marchent vers
Compostelle ont souvent une quête ou une intention, qui va au-delà du
contact avec la nature ou du défi sportif : changer de vie, se
remettre d’un burn-out, traverser un deuil. Et cette quête, je l’ai
un peu moins ressentie chez les personnes que j’ai rencontrées
pendant ces deux semaines. La solitude m'a parfois pesé.
Quand on arrive dans un gîte, il n’y a généralement personne pour
nous accueillir. Nous recevons le code de la boîte à clé à l’avance.
Et nous sommes autonomes jusqu’au lendemain.
Il y a quand même eu une rencontre marquante,
celle avec Valérie, qui me suit sur les réseaux sociaux depuis des
années. Elle marchait en sens inverse de Lisbonne à Faro, elle m’a
reconnue immédiatement en criant mon prénom avec un grand sourire.
Elle m’a raconté qu’elle marchait plusieurs semaines chaque année et
que ça l’aidait à mieux s’écouter et à s’aimer davantage. Notre
conversation m’a remonté le moral, lors d’une journée brumeuse,
extérieurement et intérieurement.
Marcher, c’est renoncer à sa routine et aux
repères qui nous rassurent : notre lit, notre nourriture,
notre maison, notre ville, notre travail, notre entourage. Je ne m’en
rendais pas compte jusque-là, mais ces repères, bien qu’ils
puissent parfois être enfermants, me protègent. Quand je m’en
éloigne, même pour quelques semaines, je me sens plus libre mais
aussi plus vulnérable. Je me retrouve davantage confrontée à
l’inconnu, à l’inconfort, mais aussi à moi-même, à mes peurs, à mes
pensées qui tournent en boucle : « pourquoi ai-je choisi ce chemin ?
Est-ce que la fin de l’étape est encore loin ? Vais-je trouver une
nourriture qui me convient ? Que vais-je faire au retour du chemin ?
»
Malgré l’inconfort, la fatigue et les
difficultés, ça me fait un bien fou d’avoir un sac sur le dos, et
d’être, pour un temps, libérée de la charge mentale du quotidien et
des écrans. Ayant quitté les réseaux sociaux, j’ai l’impression
d’avoir retrouvé du temps. J’ai rêvassé, contemplé l’océan, écrit et
même lu deux livres en deux semaines. Cela ne m’était pas arrivé
depuis longtemps.
Le chemin continue vers le Nord. Je repars demain
à pied depuis Lisbonne. Et cette fois-ci, je serai sur un chemin de
Compostelle officiel : le Chemin portugais central. Je me réjouis de
retrouver des pèlerins qui marchent aussi vers Saint-Jacques de Compostelle.
Pauline Wald www.paulinewald.com
|
Aucun commentaire:
Enregistrer un commentaire