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jeudi 24 septembre 2026

Marcher vers Compostelle

 

Je vous écrivais que la France est belle, pour Pauline qui suit à nouveau le chemin de Compostelle, ce sont l’Espagne et le Portugal qui seront à l’honneur.

Chaque pays offre de quoi ouvrir son regard et son cœur.

Bravo pour l’énergie extraordinaire des Marcheurs !



 

Bonjour à toutes et à tous,

 

Je vous écris de Lisbonne où je viens d’arriver après deux semaines de marche, sur le chemin des pêcheurs (la Rota Vicentina), à travers l’Algarve et l’Alentejo au Portugal, depuis le Cap Saint-Vincent.

 

Ces deux premières semaines ont été à la fois magnifiques et éprouvantes. La difficulté de ce chemin, c’est qu’une fois qu’on se lance pour l’étape du jour, souvent autour de 20 kilomètres, on ne peut pas décider de s’arrêter plus tôt. Il n’y a pas d’auberge au milieu. Il n’y a pas non plus de point d’eau pour se ravitailler, ce qui m’a amenée au début à sous-estimer mes besoins en eau et à me déshydrater un peu. Il m’est aussi arrivé de perdre le balisage dans de petits sentiers envahis de plantes hautes, souvent sans réseau. Jamais très longtemps, mais suffisamment pour paniquer.

J’ai trouvé ce chemin exigeant physiquement. J’ai parfois eu du mal à aller au bout de certaines étapes, surtout celles où une bonne partie du chemin se faisait dans le sable. Étonnamment, la chaleur a été tolérable, grâce à l’air marin et au vent, à l’exception d’une journée à 38 degrés. Ce jour-là, j’ai préféré prendre le bus sur une partie de l’étape, car j’avais du mal à respirer.

À cela s’est ajouté le manque de sommeil lié à certaines nuits agitées en dortoir. Soit j’étais gênée par les gens qui ronflaient ou se levaient très tôt, soit c’est moi qui étais mal à l’aise de gêner les autres. Lors de l’une des dernières nuits, je suis tombée malade. Je me mouchais, je toussais et je voyais bien que ça empêchait certains randonneurs de dormir.

J’ai aussi dû composer avec une nourriture qui ne convenait pas toujours à mon système digestif.

 

Ce que j’ai adoré sur ce chemin, c’est la beauté, l’air pur et le silence. Nous marchons en longeant la mer. Il y a des falaises, des dunes de sable, des plages sauvages.
J’avais déjà marché sur une partie du Camino del Norte qui longe la côte au nord de l’Espagne et qui est magnifique mais qui passe souvent près de routes avec de la circulation. Alors que sur le chemin des pêcheurs, nous sommes immergés dans la nature. Nous n’entendons pas le bruit des voitures, mais seulement l’océan, le vent et les oiseaux. 

 

Malgré cette nature si apaisante, la dimension spirituelle du chemin de Compostelle m’a un peu manqué. Que leur démarche soit religieuse ou non, les personnes qui marchent vers Compostelle ont souvent une quête ou une intention, qui va au-delà du contact avec la nature ou du défi sportif : changer de vie, se remettre d’un burn-out, traverser un deuil. Et cette quête, je l’ai un peu moins ressentie chez les personnes que j’ai rencontrées pendant ces deux semaines. La solitude m'a parfois pesé.
Quand on arrive dans un gîte, il n’y a généralement personne pour nous accueillir. Nous recevons le code de la boîte à clé à l’avance. Et nous sommes autonomes jusqu’au lendemain.

Il y a quand même eu une rencontre marquante, celle avec Valérie, qui me suit sur les réseaux sociaux depuis des années. Elle marchait en sens inverse de Lisbonne à Faro, elle m’a reconnue immédiatement en criant mon prénom avec un grand sourire. Elle m’a raconté qu’elle marchait plusieurs semaines chaque année et que ça l’aidait à mieux s’écouter et à s’aimer davantage. Notre conversation m’a remonté le moral, lors d’une journée brumeuse, extérieurement et intérieurement.

 

Marcher, c’est renoncer à sa routine et aux repères qui nous rassurent : notre lit, notre nourriture, notre maison, notre ville, notre travail, notre entourage. Je ne m’en rendais pas compte jusque-là, mais ces repères, bien qu’ils puissent parfois être enfermants, me protègent. Quand je m’en éloigne, même pour quelques semaines, je me sens plus libre mais aussi plus vulnérable. Je me retrouve davantage confrontée à l’inconnu, à l’inconfort, mais aussi à moi-même, à mes peurs, à mes pensées qui tournent en boucle : « pourquoi ai-je choisi ce chemin ? Est-ce que la fin de l’étape est encore loin ? Vais-je trouver une nourriture qui me convient ? Que vais-je faire au retour du chemin ? »

 

Malgré l’inconfort, la fatigue et les difficultés, ça me fait un bien fou d’avoir un sac sur le dos, et d’être, pour un temps, libérée de la charge mentale du quotidien et des écrans. Ayant quitté les réseaux sociaux, j’ai l’impression d’avoir retrouvé du temps. J’ai rêvassé, contemplé l’océan, écrit et même lu deux livres en deux semaines. Cela ne m’était pas arrivé depuis longtemps. 

 

Le chemin continue vers le Nord. Je repars demain à pied depuis Lisbonne. Et cette fois-ci, je serai sur un chemin de Compostelle officiel : le Chemin portugais central. Je me réjouis de retrouver des pèlerins qui marchent aussi vers Saint-Jacques de Compostelle.

Pauline Wald www.paulinewald.com

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